g t b v p a c l

AU COMMENCEMENT...

Mon travail tente de signifier la course du vent, son parcours, son passage, le voyage ; métaphore poétique pour parler du cycle de la vie, et du souffle intérieur. Le temps, intimement lié au vent, est exprimé par des formes sérielles qui affirment l'importance de la mémoire, de l'acquis et de la transmission. Certaines sculptures sont des sortes de bibliothèques sculpturales. La répétition marque un rythme et définit des séquences, des tranches de vie. La fragilité de l'existence est décrite dans des installations suspendues , entre ciel et terre. Le mouvement est implicite et oblige l'oeil à un aller-retour perpétuel et à se questionner sur sa propre histoire.

My work tries to signify the Course of Wind, his distance covered, his crossing, travel ; a poetic metaphor to talk about the Cycle of Life and the Inner Breath. Time, intimately related to the Wind, is expressed by the repetition of forms, which emphasize the importance of Memory, Experience and Transmission. Some sculptures are like "sculptural libraries". The Repetition of the forms marks a rhythm and defines sequences, the sequences of Life. The fragility of Existence is described by hanging my sculptures, between the Earth and the Sky, like clung to the string of Life. The movement is implicit and forces the eye to go "back and forth" and therefore to constant questioning.


ET MAINTENANT...

Il était temps de prendre le vent …

Après plusieurs semaines d’absence, en pénétrant dans l’atelier, je pressentais qu’il était temps de prendre le vent, un vent qui m’entraînerait vers un changement, un vent chuchotant incidemment à mon oreille une mélodie obsédante, le murmure lancinant d’une métamorphose annoncée.
Éperdue entre mes murs. Mon travail ne paraissait plus vivre.
Figées dans un temps, toutes ces sculptures immobiles, toute cette production racontait une histoire qui ne semblait plus devoir se poursuivre.
Envahie par des strates blanches et rouilles, je me serais bien accordée un répit pour échapper à cette vision générale de l’atelier et pour laisser place à un autre espace, celui de la recherche.
Je m’enfonçais un peu plus chaque jour dans un gouffre infini où la création s’enrayait. Il me paraissait, comme une évidence, que mes recherches avec le papier et le métal devenaient répétitives. Ces matières, domptées, matérialisaient à la perfection mes pensées. L’habitude s’instaurait. Le hasard ne s’invitait plus et l’ennui me guettait. J’arrivais au bout de ce long voyage et atteignais la limite de cette quête.
Il me fallait aller vers une nouvelle exploration de la matière et de la forme. Le feu de la création ne pouvait être ravivé qu’en parcourant des sentiers inconnus où je puisse me perdre. Comme un leitmotiv, la phrase de Baudelaire me revenait en tête : « Au fond de l’inconnu, pour trouver du nouveau ! ». Et les paroles d'Edouardo Chillida étaient tout aussi présentes : « ...Chaque matin, je m'efforce de faire ce que je ne sais pas faire... »
Plusieurs idées, maintes fois pensées, tournoyaient dans mon esprit.
Durant de longues années, j’avais privilégié dans l’élaboration de la sculpture, des formes épurées, droites, rigides, avec peu de couleurs, pour mettre en valeur le côté formel. J’ai toujours pensé que la forme la plus sobre favorisait la force sculpturale. J’avais une réticence incontrôlée et obsessionnelle pour façonner des formes rondes et souples, pensant qu’elles rendaient plus complexes l’approche et la lecture de la sculpture.
Mais, le désir d’explorer les volumes ronds, sphériques, était de plus en plus prégnant. Cependant, l’acception de cette mutation me tourmentait. Je me questionnais pour comprendre quel était le sens de cette transformation. Ne parvenant pas à définir avec précision ce qui déclenchait ce mouvement, je me suis résolue à me plonger dans cet abysse inexploré. La sensation d’entamer une « nouvelle période » me troublait profondément ; et parallèlement, les perspectives de recherches qui s’offraient, m’enchantaient.
Mes recherches initiales ont bien souvent été vaines. Avec mes deux matériaux de prédilection, je n’arrivais pas à concevoir des sculptures répondant à mes idées. Je concrétisais des boules de papier blanc, formes rondes et simples, car mon idée première était de m’inspirer des « tumbleweed ». Je laissais ensuite l’inspiration agir intuitivement mais la forme achevée, j’avais l’impression de reconnaître certaines sculptures d’autres artistes. Ces recherches ont pourtant eu l’avantage de définir plusieurs aspects négatifs du rapport entre ces deux matières et les formes arrondies.
Un deuxième bouleversement s’annonçait. Je devais me résoudre à écarter le papier et le métal qui étaient depuis si longtemps à mes côtés, au quotidien, comme des complices. J’allais être privé de leur contact et de leur odeur.
Dans un coin de l’atelier, un entassement de grillage a scintillé. J’avais entassé cette matière par inclination et curiosité et à cet instant, elle s’est révélée comme une ouverture pour aborder les rondeurs et la souplesse.
C’est ainsi qu’un matin, certainement pas comme les autres, je descendais de l’étagère ces nombreux rouleaux de grillage, de toutes les grosseurs, avec des mailles différentes et les parsemais au sol. Par quelles sortes de grillages allais-je commencer ?. Les rondeurs allaient-elles apprivoiser cette matière ?. Je cherche, je fouille, j’invente et subis tout ce qu’induisent les recherches, de doutes et de pensées fébriles.
Le vent qui imprégnait toujours l’esprit de ma création a continué à me guider dans mes recherches, m’emmenant vers un voyage incertain. Comme un tuteur, le vent m’a soutenu et m’a orienté au travers des chemins sinueux, souffreteux, me poussant toujours plus loin, orchestrant la musique d’un champs ouvert à la frénésie créative et soufflant un air inattendu et nouveau.

Je façonne aujourd’hui des fils d’aluminium, issus d’une toile métallique.

J’explore toute la richesse de cette matière avec toute la liberté requise pour faire naître de nouvelles formes sculpturales.

Nadya Bertaux

 

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